APP-TRI : échantillonnage foliaire du blé pour « lire » la parcelle et affiner la prévision de récolte
Description
Source : APP-TRI
Le groupe opérationnel APP-TRI progresse sur l'un des piliers essentiels du projet : la transformation des données agronomiques en temps réel issues des champs en une application numérique capable d'estimer la productivité du blé et d'anticiper les éventuelles variations de rendement . Cet outil intègre les informations provenant des cartes de rendement des moissonneuses-batteuses et des capteurs à distance (Sentinel-2) , afin de faciliter la prise de décisions de gestion plus précoces – telles que la fertilisation, la lutte contre les maladies ou l'ajustement des stratégies – et d'améliorer l'efficacité et la durabilité des exploitations céréalières.
Dans ce contexte, l’ Université polytechnique de Valence (UPV) a élaboré, à des fins de diffusion, un document présentant des images et des descriptions des prélèvements de matériel végétal effectués sur des parcelles de blé à Burgos et Soria durant la campagne 2024-2025. Les photographies illustrent différents moments du suivi et ont un point commun : la méthode d’échantillonnage, conçue pour être reproductible, objective et statistiquement rigoureuse.
Un échantillonnage sur le terrain conçu pour minimiser les biais
La procédure débute lorsque l'évaluateur pénètre dans la parcelle muni d'un cadre rigide de 40 × 40 cm et d'outils de prélèvement. Afin d'éviter l'effet de bord, le technicien s'éloigne des lisières et sélectionne les points de manière totalement aléatoire. Concrètement, il parcourt la parcelle en zigzag et, après un nombre de pas prédéterminé et sans observer le sol, place le cadre dans la parcelle. L'objectif est clair : garantir la représentativité de l'échantillon et s'assurer que les critères de sélection ne soient pas influencés par l'aspect de la culture.
Une fois le cadre en place – de préférence en diagonale par rapport aux rangs pour mieux appréhender la variabilité spatiale – un critère d'inclusion strict est appliqué : seules les plantes dont les tiges émergent physiquement à l'intérieur du périmètre sont considérées comme valides. Les plantes qui, même si leurs feuilles ou leurs épis sont inclinés vers l'intérieur, s'enracinent à l'extérieur de la zone délimitée, sont éliminées manuellement. La biomasse est ensuite coupée au ras du sol, ou seuls les épis sont prélevés, selon l'objectif de l'analyse. Le matériel provenant des deux points de prélèvement est stocké dans des sacs correctement étiquetés, et leur combinaison permet d'obtenir un échantillon final équivalent à 0,32 m². À partir de là, les résultats de densité ou de rendement peuvent être extrapolés à un hectare à l'aide de facteurs d'expansion, en supposant que le caractère aléatoire des points d'échantillonnage compense la variabilité naturelle du terrain.
Selon les données fournies par l'UPV, trois échantillonnages ont été effectués dans chaque province : à Burgos (25 avril, 28 mai et 8 juillet 2025) et à Soria (25 avril, 27 mai et 9 juillet 2025), capturant différents stades de la culture tout au long du cycle.
Du champ au laboratoire : biomasse, rendement et nutrition
Après leur prélèvement, les échantillons ont été transférés au laboratoire pour traitement et caractérisation. Une étape préliminaire essentielle consiste en une déshydratation contrôlée jusqu'à obtention d'un poids constant ; le plan de travail du projet prévoit un séchage à l'étuve à 65 °C pendant 48 à 72 heures, afin de garantir que les mesures ultérieures soient effectuées sur matière sèche.
À partir de ces données, les variables biométriques et les composantes du rendement sont quantifiées : nombre de tiges et d’épis par unité de surface, hauteur moyenne du couvert végétal, poids total et poids des épis en matière sèche, et poids de mille grains comme indicateur du remplissage et de la qualité des grains. Parallèlement, la composition élémentaire est déterminée, en différenciant les sous-échantillons de tissus foliaires et de grains afin de mesurer les teneurs en carbone et en azote et d’en déduire des indicateurs physiologiques, tels que l’efficience d’utilisation de l’azote (EUA). Ce volet analytique est complété, dans le cadre du projet, par le dosage des macro- et micronutriments et par des méthodes d’analyse élémentaire, comme décrit dans le rapport technique.
Télédétection : conversion des points d'échantillonnage en cartes de décision
L'objectif final est de relier les mesures effectuées sur des appareils portables à la réponse spectrale de la culture : croiser les données ponctuelles de biomasse et d'état nutritionnel avec les indices de végétation dérivés de l'imagerie satellitaire (tels que le NDVI ou le GNDVI) afin d'identifier les réponses des cultures aux traitements ou aux pratiques agricoles. Cette corrélation permet de valider les modèles prédictifs et de transformer les données discrètes en cartes continues de vigueur et de potentiel de rendement, un élément clé pour que la future application APP-TRI soit utile, interprétable et applicable à chaque parcelle.
Le projet prévoit également que le suivi des exploitations pilotes permettra de centraliser les données de production, les analyses de sol, les analyses foliaires et les données climatologiques dans des rapports de campagne. L'échantillonnage foliaire n'est pas un simple complément de laboratoire : il reflète directement la situation sur le terrain et revêt une importance stratégique pour anticiper les décisions et renforcer la robustesse des modèles qui permettront d'établir des prévisions de récolte précoces.